A ujourd’hui, pour aller en Angleterre, il faut traverser le Channel par bateau ou passer sous la mer grâce au tunnel. Il y a plus de 20.000 ans, la Manche n’était qu’un fleuve. Ce fleuve a grossi lorsque les glaces qui recouvraient l’Europe ont commencé à fondre, au cours de la dernière déglaciation, il y a entre 19.000 et 17.000 ans. Des chercheurs français et hollandais ont pour la première fois reconstitué en détail l’histoire de la Manche et publient leurs travaux aujourd’hui dans la revue Science.
L’équipe de Guillemette Ménot et Edouard Bard (CEREGE) a prélevé des sédiments marins dans le Golfe de Gascogne avec le navire océanographique Marion Dufresne. Ces chercheurs ont utilisé un nouvel indicateur paléoclimatique mis au point par une équipe hollandaise pour retracer l’activité d’un fleuve. L’indicateur est basé sur l’analyse de certains lipides qui survivent à la sédimentation pendant des milliers d’années et qui sont présents dans des microorganismes (eubactéries, archéobactéries).
Les chercheurs reconstruisent ainsi les étapes de la carrière de l’ancien fleuve depuis la dernière déglaciation.
Lorsque l’Europe du Nord était recouverte d’une épaisse calotte de glace, le niveau des océans était 130 mètres inférieur au niveau actuel. La France et l’Angleterre était alors séparée par un vaste système fluvial qui était alimenté par la fonte des glaciers de montagne et des calottes continentales. La déglaciation a entraîné un flux d’eau douce massif dans le Golfe de Gascogne, expliquent les chercheurs, qui a sans doute eu un fort impact sur la circulation de l’Atlantique Nord.
Cette activité fluviale intense s’est brusquement gelée il y a 17.000 ans lorsqu’une partie de la calotte Laurentide, qui recouvrait le continent nord-américain, a fondu. Ensuite le niveau de la mer a augmenté de plus en plus rapidement.
Au-delà de l’histoire de la Manche, cette reconstitution historique peut être utile pour mieux comprendre les liens entre le climat et les cycles de l’eau sur la planète, font valoir Guillemette Ménot et ses collègues. Les modèles climatiques actuels prévoient une fonte d’une partie de la calotte du Groenland et une augmentation des précipitations qui pourraient modifier en profondeur la circulation océanique à l’échelle de la planète. Et bouleverser son climat.
C.D.
(15/09/06)